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LA PERCEE DE LA PROBLEMATIQUE CULTURELLE
Voilà 12 ans maintenant que nous avons, au sein du Réseau Sud-Nord Cultures et Développement, travaillé sur les questions de “ cultures ” et de “ développement ”. Il était temps de faire le point sur ce que nous avons accompli. Il était temps, aussi, d' envisager les nouveaux défis à relever en tant que Réseau Cultures-Europe. Le Réseau Cultures-Europe a engagé deux nouveaux collègues, spécialistes des problèmes de société en Europe, tant à l' Ouest qu' à l' Est. Dorénavant, l' équipe – composée d' Edith Sizoo, Carmelina Carracillo, Raphaël Souchier et Thierry Verhelst – va approfondir les questions de pauvreté culturelle et spirituelle en Occident. Nous menons des recherches-actions sur ce thème, étudions la réalité multiculturelle dans nos grandes villes, sensibilisons le public aux questions de sens que renferme pour nous le mot culture. Et nous continuons aussi à jeter sur la coopération Nord/Sud notre regard “culturel” et à y apporter notre expertise en matière de relations interculturelles et de solidarité internationale.

Un séminaire de brainstorming sur l' avenir du Réseau Cultures-Europe

C' est pourquoi nous avons organisé un séminaire de “ brainstorming ”, en juin 2000, avec un nombre restreint de partenaires, d' amis et d' observateurs extérieurs plus ou moins proches et sympathisants. Voici le texte que nous leur avons envoyé :

“ Vous êtes très intéressé(e) par le rôle des cultures locales dans le développement.

Pour nous (comme pour vous, pensons-nous), la culture est ce qui donne sens, résistance et créativité. La problématique culturelle rejoint celle de la participation (démocratie participative) et celle de l'attention aux aspects non exclusivement économiques de la vie. Elle fait partie du combat contre l'utilitarisme et pour l'attention aux valeurs non quantifiables. La solidarité internationale, plus importante que jamais en ces temps de mondialisation effrénée des marchés, doit devenir interculturelle. C'est une question d'efficacité autant que de respect des identités.

Depuis 12 ans, le Réseau Cultures travaille sur ce thème. Nous avons menés des recherches- actions, avons publié et sommes intervenus comme consultants ou formateurs. D'autres institutions, acteurs et chercheurs ont travaillé sur ce thème. L'Unesco a publié son fameux rapport "Notre Diversité Créatrice" à l'issue de la Décennie Mondiale du Développement Culturel. Des ONG se sont engagées dans l'échange interculturel. D'autres s'efforcent de prendre en compte les cultures locales dans leurs projets.

On constate désormais une prise de conscience croissante que les cultures constituent une force motrice importante dans les processus de développement.

Aujourd'hui nous nous interrogeons:

- Quel effet cette prise de conscience a-t-elle eu sur les politiques et les pratiques de développement?

- Quelle est l' expérience de ceux et celles qui ont -comme certains d' entre nous- tenté de mobiliser cette prise de conscience nouvelle ?

-Quels sont, dans ce domaine, les défis à relever demain, par notre Réseau et par d' autres acteurs, qu' il s' agisse d' instances gouvernementales, intergouvernementales ou non-gouvernementales ? Que faire en particulier des relations entre l' Europe et d' autres continents ?

En d' autres termes :

Qu' est-ce que le travail sur “ cultures et développement ” effectué depuis 10 ans a changé dans la pratique de la coopération ou de l'éducation au développement? Ne faut-il pas maintenant affiner les questions de méthode afin de renforcer la mise en œuvre concrète?

Des décideurs et des acteurs nous réclament parfois des "outils"? Nous sommes réticents. Que faire?

Ne faut-il pas au moins élaborer des approches plus convaincantes (pédagogiques) et plus concrètes (opérationnelles) afin que bailleurs de fonds et intervenants sur le terrain revoient leurs politiques? En ce cas, comment s'y prendre? Avec l'aide de qui? ”

Nous vous invitons à réfléchir à ces questions avec nous au cours d' un “ brainstorming ” (…)..

Une trentaine de personnes ont répondu à cet appel. Durant ce séminaire, les participants se partagèrent en deux sous-groupes intitulés : “ stratégies ” et “ méthodes et outils ”.

(…)

LA PERÇEE DE LA PROBLEMATIQUE CULTURELLE

Le bilan des 12 dernières années révèle une prise de conscience grandissante, notamment dans le monde de la coopération au développement, de l'importance de la culture. Lorsque notre réseau vit le jour, nous étions assez seuls à affirmer le caractère central et essentiel de la culture. Certes il y avait des amis qui avaient approfondi ces questions, à la suite d'Ivan Illich, Raimon Panikkar, voire le Père Lebret ou Roy Preiswerk. Nous avons été inspirés par les travaux de Gilbert Rist, Joseph Ki-Zerbo, Dominique Perrot, Wolfgang Sachs, Serge Latouche, Pierre Pradervand, Cees Hamelink, Robert Vachon, Vincent Cosmao, Noël Cannat, Majid Rahnema, Gustavo Esteva, Denis Goulet, Sulak Sivaraksa, Manfred Max-Neef, Orlando Fals-Borda, Rodolfo Stavenbagen, François Houtart, Ashish Nandi, pour ne citer que ceux-là. Mais il nous revenait à nous, une ONGD, de vérifier si leurs théories pouvaient mener concrètement à d'autres pratiques, voire à un autre paradigme des relations Nord-Sud qui puisse inspirer les pouvoirs publics et les acteurs privés.

Nous avons tenté de travailler ces questions en profondeur et en détails, tâchant de garder toujours le sens du concret, de la mise en pratique. Certains, dérangés par nos questions eurent vite fait de nous traiter de "culturalistes" idéalistes alors que nous avons, avec Maurice Godelier et notre ami François Houtart, considéré la culture comme une réalité dynamique, évoluante, métissée et en relation constante avec l'instance “ matérielle ” (économie, etc.). La culture, pour nous, n'est pas un en-soi métaphysique qui planerait au-dessus des gens et en déterminerait à elle seule le cormportement. Cependant la culture est essentielle. Elle nous influence en profondeur. Et elle contient une interrogation métaphysique : celle du sens. La prise en compte de la culture nous a conduit à mettre en cause le savoir satisfait de l'expert, l'ingéniérie sociale, le rationalisme réducteur, le matérialisme plat, la réduction de la personne humaine à un être de besoins quantifiables. Il nous appartenait de mobiliser le savoir universitaire de nos amis du Nord et du Sud pour suggérer très concrètement une autre manière de faire. Nous appelions cela, pour ne pas effaroucher notre public et rejoindre ses questions dans son langage : “ la prise en compte de la culture dans les projets de développements ”. En réalité, cette “ prise en compte ” mène, nous en avons la conviction, à une mise en question radicale et profonde des notions de “ développement ”, de “ coopération ” et de “ projet ”, toutes trois empreintes d'ethnocentrisme occidental.

Il serait totalement abusif de penser que le Réseau Sud-Nord Cultures et Développement est à l'origine de la prise de conscience grandissante quant à la centralité de la culture dans la coopération. Notre propre taille nous conduit d'ailleurs parfois à nous interroger sur l'utilité de notre combat. Mais nous ne sommes pas seuls. Nous sommes des acteurs parmi d'autres. Et nous avons apporté notre propre contribution par le caractère rigoureux et concret de nos recherches-actions sur la place de la culture dans la vie des gens. En cela nous croyons avoir été fidèles à notre vocation de réseau qui réunit des gens engagés socialement et avec un pied dans la pratique, l'autre à l'université.

PARTENARIATS NOUVEAUX POUR LA FORMATION PERMANENTE A L'INTERCULTURALITE

Quoiqu'il en soit de notre rôle à nous, il est clair que nous faisons maintenant partie d'une rnouvance assez importante (A ce sujet, le lecteur se référera au rapport du sous-groupe 'stratégie' ci-dessus). L'UNESCO a mené une 'Décennie Mondiale pour le Développement Culturel", qui eut néanmoins peu de répercussion. L'UNESCO eut du mal à dépasser son intérêt coutumier - et par ailleurs honorable et nécessaire - pour le patrimoine artistique. Cette grande organisation a ainsi partiellement failli à sa tâche d'impulser une nouvelle conception de la coopération et du “ développement ”. Toutefois, le rapport intitulé “ Notre Diversité Créatrice ” qui publia les travaux de la Commission Mondiale sur le Développement Culturel, présidée par M. Perez de Cuellar, est un document de qualité et qui honore ceux qui, au sein de l'UNESCO, vont de l'avant. Des ONG ou centres de formation - telles que Vredeseilanden/Coopibo ou CIMIC, Iteco en Belgique, que le CILO en France, GRAMC et ETNOS en Catalogne, MS au Danemark, SCAWD en Ecosse, KDK aux Pays-Bas, le Center for Human Ecology en Ecosse, IMO en Croatie (avec sa revue 'Culturelink'), KEPA en Finlande, l'Evangelische Akademie Iserlohn en Allemagne - ont emboîté (ou devancé ?) le pas. Des agences gouvernementales affirment désormais l'importance de la culture, telle FINNIDA en Finlande, DGIS aux Pays-Bas et, plus récemment, la C.T.B. belge. Les ministres belges Moreels et Boutmans, le ministre Pronk des Pays-Bas à la fin de son mandat, insistèrent sur la prise en compte de la culture dans leur politique. NORAD et DANIDA, agences scandinaves, manifestent de l'intérêt pour la culture. La Suède organisa une grande conférence à ce sujet. Notre propre expérience avec ces agences, ainsi qu'avec la D.G. 8 de la Commission Européenne nous donne l'impression qu'il y a désormais une ouverture à la problématique culturelle tant dans l'éducation du public en Europe que dans les projets dans le Sud. On ne peut qu'espérer que la C.E. garde aujourd'hui le cap...

Mais, concrètement ? Force est de constater que les affirmations néerlandaises (Ministre Pronk) quant à l'importance du culturel se limitent à un chapitre du plan ministériel - chapitre très bien conçu d'ailleurs - sans que cette préoccupation culturelle ne se retrouve dans les autres chapitres du même plan ! De même, dans beaucoup d'ONG, il est devenu “ politiquement correct ” de parler du respect des cultures, mais la mise en pratique de ces belles intentions font souvent défaut. Comment expliquer cela ? On peut imaginer trois causes différentes :

Est-ce faute de savoir-faire ou par manque de temps ?

Est-ce la force contraignante du paradigme du développement occidentalisant qui empêche d'envisager de vraies alternatives ?

Ou serait-ce l'influence des bailleurs de fonds dont les ONG dépendent et qu'elles n'ont pas la force d'influencer ?

Dans les sciences sociales aussi la culture devient une préoccupation grandissante. On parle en économie de la notion de confiance. Quant au management, il s'intéresse aux “ valeurs ” et à la “ culture d'entreprise ” pour accroître la performance. Plus la science est appliquée (p. ex. la gestion d'entreprise), plus elle se fait empirique, plus elle s'approche de la boîte noire de la culture ! C'est une percée fragile et ambiguë, nous dit Hassan Zaoual, car “ les sciences restent des disciplines ” alors que les humains sont rebelles à nos croyances scientifiques et trop disciplinées. L'homme n'est pas l' homo economicus imaginé en chambre par les disciples d'Adam Smith.

LE RÉSEAU CULTURES : QUEL BILAN, QUEL DÉFI ?

Alors, quel bilan le Réseau Cultures peut-il dresser ? Nous avons joué notre part dans la mutation des consciences qui est en cours. La préoccupation qui est la nôtre est devenue “ acceptable ”, voire même centrale. Avec d'autres, nous avons contribué à ouvrir des brèches dans le discours réducteur et ethnocentrique de la coopération. Cela ne débouche pas encore suffisamment sur du concret, mais il y a du mouvement.

Il nous faut prendre garde de ne pas décourager les bonnes intentions. Nous ne pouvons rester silencieux après avoir dénoncé ce qui ne va pas. Le défi se situe ici :. il faut maintenant augmenter notre impact en diffusant davantage nos concepts et en tirant de nos recherches et réflexions des enseignements de plus en plus pratiques et “ appropriables ” par les acteurs de la coopération. Nous avons fourni un effort appréciable sur le plan de la recherche. Nous avons produit des concepts, des méthodes, une compréhension approfondie de la relation entre culture et économie, etc. Il faut maintenant veiller à diffuser tout cela, puis à en assurer la mise en oeuvre concrète.

Nous devons, dans cet esprit, conserver la revue “ Cultures et Développement ”, et notre site sur le web (www.NetworkCultures.net) et multiplier nos interventions sous forme de cours, de conférences et de sessions de formation. Nous devons développer un partenariat avec nos alliés naturels et en particulier avec les institutions et associations en Europe qui se spécialisent dans le domaine de la formation permanente à l'interculturel. Nous devons intervenir là où on nous le demande en tant que conseillers en matière de relations interculturelles.

 

haut de page © 2000, South-North Network Cultures and Development