Reseau Cultures Network
 

English?



Numéro en cours
Numéros précédents
S'abonner
Vie du réseau
Nos partenaires
Publications
Themes & Actions
Retour à la Une
Ecrivez-
nous!
Confidentialité
 
 
3. CULTURES ET DEVELOPPEMENT HUMAIN
1) Des identités rebelles en Amérique latine
2) Le mouvement associatif au Congo
3) Réciprocité Sud-Nord et Est-Ouest
4) Economie et cultures
5) Santé et cultures
6) Dynamique culturelle en milieu urbain
7) Le role des valeurs culturelles pour susciter des sociétés justes, démocratiques et durables en Asie
8) Cultures et droits des enfants en Asie
9) Méthodologie d'analyse et d'action socio-culturelle
10) Arts, sociétés et compréhension interculturelle
11) Langues et communication interculturelle

12) Identité, démocratie et développement local

1) Des identités rebelles en Amérique latine.

Malgré le poids incontestable des arguments véhiculés par la critique du système monétaire existant, qui nous rend dépendants d'une monnaie dominante et appauvrissante, il est très difficile de changer les mentalités et les comportements. Nous travaillons à contre-courant, dans une masse guettée par le désespoir, la violence (la culture du "pouvoir") et le cri "sauve-qui-peut". Cela nous oblige à travailler au niveau "moléculaire", celui de petites cellules convaincues des changements profonds à réaliser et à baser dans l'esprit, l'équité, le service et la convivialité.

-Xochimilco (ancien lac et village préhispanique encore vivant, maintenant presque avalé par la mégapole). Travail avec les autorités locales et les leaders sociaux. Il s'agit d'une expérimentation qui jouit de l'intérêt et d'un léger appui des autorités (qui appartiennent au gouvernement de la ville de Mexico, laquelle est pour la première fois élue démocratiquement).

-"Continua tradición Tetzcatlipoca" (Tradition continue), qui travaille sur les traditions préhispaniques qui ont perduré malgré tout au sein de la ville (Mexico-Tenochtitlán); travail centré sur le domaine de la santé et de la langue "nahuatl" (aztèque).

-"Association des Écrivains en langues autochtones du Mexique". Premiers contacts sur la littérature indienne, les arts (chant) et la culture en général.

-Les jeunes des faubourgs organisés en bandes autour de ce que nous appelons des "identités rebelles". Nous essayons d'établir une liaison avec quelques-unes de ces bandes pour comprendre le phénomène d'exclusion de la jeune génération, et ses réactions. Premiers contacts pleins d'enseignements. Manifestations de danse et théâtre à la recherche d'expressions plus authentiques des valeurs, des élans et des rêves. Action permanente.

-Plusieurs rencontres, conférences et présentations avec les mouvements de la société civile et differents réseaux d' ONG qui ont leur siège à la capitale. Action permanente.

2) Le mouvement associatif au Congo

L'organisation des populations africaines selon les modèles occidentaux (coopératives, projets de développements, démocratie parlementaire pluripartite) n'a pas atteint les résultats escomptés. Cependant, la dynamique sociale africaine est bien vivante en-dehors des structures reconnues et hors de portée des Etats et des organismes extérieurs (ONG, etc.).

La tradition et la culture locale influencent la réalité sociale et sa transformation. Il faut favoriser l'éclosion d'animateurs sociaux attentifs à ces dynamiques socio-culturelles locales et capables de susciter des recherches-actions participatives en vue de l'auto-promotion des communautés. Badika Nsumbu, représentant d'une base régionale du Réseau en Afrique, réunit des acteurs et chercheurs africains ou africanistes autour de ces questions.

L'expérimentation du mode de vulgarisation agricole en suivant les relations de parenté permet d'introduire denouvelles pratiques culturales.

3) Réciprocité Sud-Nord et Est-Ouest

Quant aux relations Nord-Sud: nous entrons dans la période post-postcoloniale. Les années 1960-1990 furent marquées par la "coopération au développement", terme euphémique pour désigner ce qui fut trop souvent l'expression de la volonté des bailleurs de fonds et une tentative d'occidentalisation du monde. En ce sens, colonisation, développement et globalisation répondent à la même logique et s'enchaînent assez naturellement dans le temps. Le tiersmondisme progressiste n'était-il pas, lui aussi, entaché d'impérialisme culturel même s'il se voulait libérateur et "solidaire"?

Quant aux relations Est-Ouest: elles sont entachées de la même suffisance, pour ne pas dire arrogance que celles caractérisant les relations Nord-Sud. Le récent détenteur du Prix Nobel Günther Grass en fait une analyse rigoureuse. Le modèle prévalant en Allemagne de l'Ouest n'a-t-il pas été purement et simplement appliqué à l'Est sans que les acquis positifs des expériences spécifiques de la R.D.A. soient prises en compte? Aujourd'hui, les tensions demeurent entre "Wessies" et "Ossies". L'attitude de l'U.E. à l'égard des PECO risque de répéter encore une fois ce scénario d'imposition de dominant à dominé au nom d'une rationalité économique qui se veut exclusive de toute alternative.

Union dans la diversité. Le paradigme de la réciprocité implique l'écoute mutuelle dans le respect des différences et la prise en compte de celles-ci comme une richesse et non comme un obstacle. Il sous-entend évidemment un monde où prévalent non pas l'uniformisation dans un moule culturel (idéologie économiste néo-libérale, consumérisme, démocratie parlementaire de type occidental, etc.) mais l'union dans la diversité. Le dialogue entre peuples avec les valeurs qui leur sont propres serait bénéfique à tous: l'Europe pourrait en tirer bien des enseignements pour donner "une âme" à sa construction (cfr. Jacques Delors et le programme C.E. "Donner une âme à l'Europe"), tandis que le pays du Sud (ex tiers-monde) et de l'Est européen pourraient s'enrichir de certains des acquis occidentaux mais sans verser dans un mimétisme étouffant.

La réciprocité implique qu'aucun partenaire ne se considère supérieur à l'autre ni investi d'une mission à sens unique à l'égard de l'autre. Elle est la condition de nouvelles formes de solidarités sociales et politiques Nord-Sud et Est-Ouest, fondées sur l'égalité, l'écoute et la conscience aiguë que tous les êtres humains sont co-responsables d'une planète désormais menacée. La réciprocité ne se confond pas avec la solidarité, elle en est la condition préalable si on veut que cette solidarité soit féconde, durable et authentique. La réciprocité est un paradigme tiré de la conviction qu'il ne saurait y avoir de monde responsable et solidaire sans respect et apprentissage mutuels.

L'Europe de l'Atlantique à l'Oural: nouveau champ d'action. Le Réseau Cultures-Europe est appelé à focaliser son attention sur les problèmes de culture dans son propre continent. Un terrain immense s'ouvre à lui tant à l'Ouest qu'à l'Est. Il partagera ainsi, sur base d'égalité, ses expériences locales avec ses partenaires du Sud (tiers-monde).

L'Europe et le (tiers) monde. Dans la mesure où il s'est penché depuis 12 ans sur les relations de coopération Nord-Sud, il est normal que le Réseau Cultures-Europe exerce encore des activités dans le domaine de "l'éducation au développement" en Europe et de la formation d'ONG et d'agences gouvernementales et internationales de coopération. Il dispose de connaissances dans ce domaine et d'un réseau précieux d'amis et de lecteurs de la revue "Cultures et Développement". Toutefois, la prise en charge sur "notre" continent de nos responsabilités citoyenne, et cela avec les outils interculturels et la vision humaniste/spirituelle qui est la nôtre, est un nouveau défi. Cette responsabilité-là inclut, bien évidemment, les relations de l'Europe avec le monde car il ne saurait être question de s'enfermer dans une forteresse-Europe.

4) Economie et cultures

Les travaux d'économistes, d'anthropologues et moralistes contemporains, dont certains ont oeuvré au sein du Réseau Cultures, ont conduit à souligner, à la suite de Karl Polanyi, le caractère "enchâssé" des économies. Toute pratique économique ou commerciale se joue dans un ou plusieurs "sites symboliques" (Hassan Zaoual) qui en influencent profondément la nature et l'orientation. Le comportement économique de l'être humain n'est pas aussi prévisible que le souhaiteraient les experts en ingénierie sociale. Si la motivation de profit est très largement répandue dans notre monde globalisé, elle ne s'impose pas partout aux dépens d'autres considérations éthiques, écologiques, sociales, culturelles ou religieuses. Nos travaux ont tenté de mettre en lumière combien les pratiques économiques (projet 1997-1998) et celles de gestion d'entreprise en Afrique (projet 1996-1997) sont enchâssées dans les cultures locales (modes d'organisation sociale, valeurs, normes morales) et offrent donc des alternatives plus ou moins heureuses au modèle économique standard véhiculé par la Pensée Unique et imposé au Sud, à l'Est et à l'Ouest par la Banque mondiale, le F.M.I., et l'O.M.C.. Déjà Mahatma Gandhi revendiquait pour son pays un type d'économie qui tire sa légitimité de la plus grande justice sociale qu'elle serait capable d'assurer. Aujourd'hui, l'Indice de Développement Humain (IDH) proposé par le PNUD tente d'intégrer dans la mesure du "développement", d'autres facteurs que ceux du PNB, de la croissance économique et de critères strictement matériels.

L'économie sociale. Amartya Sen et les tenants de la socio-économie vont dans le même sens ainsi que les innombrables groupes de base, coopératives, SEL (groupes de Local Exchange and Trading), communautés pratiquant l'économie sociale ou "populaire" (encore appelée la Tierce Economie parce qu'elle se situe entre le secteur privé et le secteur étatique). Cette Economie Sociale fonctionne à partir de ce que l'économiste et philosophe chilien Luis Razeto a appelé "le facteur C" (pour communauté, convivialité, coopération, collaboration, etc.).

La conception qu'on se fait au Réseau Cultures des relations entre l'économie et la culture ne relève pas de l'idéalisme selon lequel la culture, envisagée comme un en-soi métaphysique, déterminerait l'économie; ni du matérialisme pour lequel les rapports de production décideraient "en dernière instance" de ce qui relève de la pensée, de la religion et de la culture. Plus simplement nous observons qu'il y a entre le "matériel" et "l'idéel" (Maurice Godelier) un rapport d'influence réciproque. Ce qui a motivé nos recherches fut la vie concrète des gens et non les débats académiques, même si le choix judicieux des concepts et des paradigmes est important car ils colorent le regard.

Le capitalisme est culturel. Nous estimons que nos travaux en matière d'économie sont essentiels. En effet, on a souvent tendance à considérer notre spécialité, la culture, comme un sujet "soft", légitime et sympathique certes, mais pas aussi important que les choses "hard" et "sérieuses" telles que l'économie. Nous nous inscrivons en faux contre cette conception étroitement matérialiste et nos travaux semblent nous donner raison. Il n'y a pas d'économie dynamique sans culture vivante. En réalité, l'économie repose sur des croyances, des mentalités, des modalités d'organisation sociale diverses. C'est pourquoi les économies sont appelées à être diverses et plurielles.

Dé-légitimer la pensée unique. Le monde néo-libéral n'est pas universel. C'est Alan Greenspan, grand argentier des USA, qui l'a découvert en 1999: "le capitalisme n'est pas naturel, il est culturel"! C'est ce que nous tentons de démontrer depuis 12 ans. Et cette démonstration mérite d'être répétée, diffusée et approfondie à l'aide d'exemples tirés du Sud certes, mais aussi des pays européens eux-mêmes. Riccardo Petrella insiste sur ce travail à contre-courant qu'il appelle la "dé-légitimation" de la pensée unique.

Les "Lets" ou "Sel": monnaie alternative pour des échanges citoyens.
Dans la ville de Mexico et ses alentours la Base mexicaine du Réseau Cultures a lancé "Tianguis (marché populaire) Tlaloc". Il s'agit d'une entité qui rassemble une centaine de petits entrepreneurs dans un système d'échange de produits et services, conçus en amitié avec la nature - avec une "monnaie" alternative. Le Tlaloc est l'équivalent d'une heure de travail social de base (3 dollars). Un bulletin est publié tous les trois mois et distribué par "LA OTRA Bolsa de Valores" Sa page jaune informe sur les offres qui acceptent cette "monnaie" et chacun peut s'adresser directement aux personnes "offrantes" pour une transaction.

Tout cela est un signe de "rébellion pacifique" contre le monétarisme spéculatif et la destruction de la cohésion sociale et de la planète entière.

5) Santé et cultures

Les individus ont leur propre conception de la santé. Telles sont les observations: les individus veulent se fier à leur propre jugement, déjouent le système (par la ruse), comparent plusieurs diagnostics, suivent les prescriptions à leur manière. Si ces personnes résistent aux recommandations des spécialistes, on peut faire l'hypothèse que c'est parce que ceux-ci s'occupent d'un corps machine inhabité, alors que le leur est plein d'intentions, de refus, de désirs. Le bien-être n'est pas le même pour tous les êtres humains qui gèrent leur fonctionnement organique à l'intérieur d'une signification qui leur est propre. Les êtres sont davantage liés au sens qu'ils portent à un acte plutôt qu'à des conseils reposant sur des analyses "objectives" aussi parfaites soient-elles. La maladie n'a de sens qu'à l'intérieur d'une culture qui la reconnaît comme telle.

Le sens que peuvent donner les personnes à leur santé est influencée par leurs expériences, leurs contacts avec le discours médical, leur environnement socio-économique, etc. La douleur n'est pas le résultat d'un stimulus sur un récepteur biologique. C'est le ressenti d'une personne qui a son histoire, ses sentiments. Comment résoudre de tels dysfonctionnements par un médicament? L'individu qui souffre a des réactions subjectives. La maladie vécue est imaginée, représentée. Elle existe sur le plan de l'expérience, elle est d'abord épreuve au sens affectif du terme et non sur le plan de la science.

Résistance à l'idéologie médicale dominante. La vision scientifique du corps humain et de la maladie, telle que proposée par la médecine occidentale est une approche parmi d'autres.

Des auteurs (comme Laplantine par exemple) ont mis en lumière les raisons pour lesquelles le modèle médical occidental s'est installé et a pris le pouvoir sur d'autres modèles qui se sont marginalisés sans pour autant être totalement absents de la société occidentale. Les interprétations pathologiques et les stratégies thérapeutiques de la médecine occidentale (allopathique) résultent de choix sociaux qui appartiennent à l'histoire et à la culture.

Indiscutable facteur de progrès, la médecine occidentale possède ses interprétations de la douleur et a sa manière d'appliquer les moyens de combattre celle-ci, comme seules valables, s'aidant par ailleurs du paradigme de la Raison (et de la Science), lui aussi légitimé largement. La seule trame culturelle collective qui sous-tend la douleur aujourd'hui est celle de la rationalité de la médicalisation qui relève de la pathologie causale: le mal a une seule origine possible et contre lui, il existe un traitement approprié défini. L'individu ne peut plus prendre en charge sa douleur puisqu'il ne peut plus puiser dans sa réserve de "sens" personnelle. Il ne peut plus se réapproprier son mal qu'il remet -en même temps que son corps- aux mains de spécialistes dont il attend une réponse.

Dans ce contexte, quels choix personnels les personnes peuvent-elles poser? Comment créent-elles encore leur autonomie?

6) Dynamique culturelle en milieu urbain

L'atelier "Action collective en milieu urbain" organisé par la base régionale en Europe conjointement avec une ONG belge ITECO, et avec les Fédérations belge et québécoise des travailleurs de rue, s'articule autour des expériences ayant lieu à Luanda, Santiago, Rio de Janeiro, Bangalore, Montréal, Bruxelles, Poitiers. Son but premier: comment identifier une dynamique culturelle dans un quartier urbain à problèmes sociaux et comment agir en tenant compte de cette dynamique? Cet Atelier servit par la même occasion à aborder la question des différences et des similitudes entre le Nord et le Sud tant au niveau de l'analyse qu'à celui de l'action collective à entamer. Il déboucha sur l'échange d'expériences et la critique constructive de la recherche-action et du développement communautaire abordé à partir des dynamiques socio-culturelles locales.

7) Le role des valeurs culturelles pour susciter des sociétés justes, démocratiques et durables en Asie

Voir le texte en anglais dans ce site.

8) Cultures et droits des enfants en Asie

Voir le texte en anglais dans ce site.

9) Méthodologie d'analyse et d'action socio-culturelle

Comment faire concrètement le lien entre la culture et le développement? Est-il possible de rendre opérationnel le savoir collectif accumulé au sein du Réseau Cultures? En quoi faut-il changer les manières d'agir sur le terrain? Comment envisager la notion de projet, de partenariat, d'appui extérieur à une initiative locale? Quelle est la meilleure façon d'identifier les dynamiques socio-culturelles existantes et comment faut-il concrètement en tenir compte quand on est bailleur de fonds, éducateur, travailleur social, planificateur, agronome, médecin, urbaniste, etc.? Ces questions de méthodologie émanent de pouvoirs publics locaux, d'ONG du Nord et du Sud, d'agences publiques de coopération, de fonctionnaires, de travailleurs sur le terrain. Une fois sensibilisé à l'importance souvent négligée du facteur culturel, on demande au Réseau Cultures des outils, des méthodes qui soient appropriés pour identifier cette dimension dans les projets de développement local. Un Atelier tenu en 1992 soumit une dizaine de grilles d'analyses culturelles utilisées dans la coopération à un examen critique et à des amendements.

Un autre Atelier prit pour champ d'observation les quartiers à problèmes (violence, exclusion sociale) de grandes villes du Sud et du Nord (Bruxelles 1995). Il aboutit aux questions relatives à l'action: comment agir différemment une fois la dynamique culturelle identifiée. L'interaction "micro-meso-macro" fit également l'objet d'un questionnement: Comment enregistrer le "vécu" (micro) des personnes et le synthétiser de manière qui soit respectueuse de la diversité de leurs expériences? Comment communiquer utilement ces résultats aux instances de décisions (macro)? La mise au point d'outils pédagogiques relatifs à la méthodologie se poursuit en capitalisant les savoirs et expériences des membres et en intégrant les conclusions de sessions de méthodologie d'analyse socio-culturelle animées aux quatre coins de la planète.

10) Arts, sociétés et compréhension interculturelle

Les ONG européennes soucieuses de contrecarrer l'image souvent misérabiliste propagée par les médias, organisent de plus en plus d'événements consacrés aux arts des peuples de pays non-industrialisés. Ceux-ci sont sensés montrer la richesse culturelle des peuples du Sud. Mais sur quels arts se portent les choix des organisateurs? Sur quels artistes? Qui juge de la qualité de ces oeuvres? Ces efforts certes louables ont-ils l'effet voulu sur le public? Dans quelle mesure ces expressions artistiques conservent-elles leur signification une fois coupées du contexte socio-culturel et historique dans lequel elles sont enracinées? Que se passe-t-il pour un esprit européen lorsqu'il assiste à une présentation de danses africaines, de musiciens andins, de peintures asiatiques? Changent-elles les idées préconcues qui se sont élaborées au cours des siècles par rapport à des peuples issus de cultures différentes?

Les réactions du public, des artistes, des organisateurs et des éducateurs au développement, recueillies et analysées lors d'un premier atelier -qui s'est déroulé durant le festival "Images d'Afrique" (juin 1993) à Copenhague- ont donné lieu à un questionnement important sur la façon dont ces événements artistiques sont organisés et se produisent.

Cette recherche a été approfondie en 1995 lors d'un second Atelier d'échange d'expériences entre une trentaine d'artistes, organisateurs d'évènements et bailleurs de fonds (Bruxelles: "Les Arts et la Compréhension interculturelle"). Un troisième atelier international aura lieu durant le Sura Za Afrika Festival en juin 1996 en Autriche où une quinzaine de participants autrichiens et étrangers évalueront les effets de ce Festival sur le public.

La réflexion sur des méthodes appropriées, qui prennent en compte les questions ci-dessus mentionnées, continue: un nouvel Atelier se penche (1997) sur les résultats d'un certain nombre d'évaluations de ces évènements culturels fait sur base d'une grille d'analyse commune.

Diversité des cultures européennes: théâtre et conflit des générations

Face à la mondialisation, à la société de l'information, des groupes, en Europe, aujourd'hui développent des attitudes de résistance liées à leurs valeurs et racines culturelles. Nous pouvons les nommer les "sous cultures" étant donné qu'elles ne participent pas ou peu à la culture dominante. Pourtant, elles appartiennent aussi à "la" culture européenne. La mise en lumière de ces cultures minoritaires et leur mise en relation internationale contribue à entretenir une vitalité dans "la" culture européenne qui s'enrichit de cultures diversifiées, originales et le plus souvent occultées.

La finalité de l'action est double. D'une part, il s'agit de mieux connaître et faire connaître la manière dont les jeunes européens et les adultes qui les accompagnent vivent leurs problèmes, résistent aux valeurs dominantes et/ou comment ils y adhèrent. Quelles solutions apportent-ils aux situations qu'ils rencontrent? Les stratégies adoptées sont-elles des stratégies de survie? Quelles sont leurs "sources intérieures" en amont des comportements et attitudes? D'autre part, l'action vise à analyser, sur base de l'expérience européenne en cours comment le théâtre assume sa fonction culturelle auprès des groupes et de la société en général.

Les échanges européens (des artistes de théâtre, des jeunes, des "adultes accompagnateurs" principalement) ont notamment pour mission de permettre à ces groupes de prendre conscience que leurs valeurs et résistances sont partagées par d'autres groupes vivant dans d'autres régions et pays d'Europe, qu'ils partagent des problèmes semblables, mais aussi qu'ils détiennent probablement aussi des forces communes. Ces échanges doivent également favoriser une connaissance mutuelle des diverses façons de vivre et régler les conflits entre générations, les conflits entre soi et la collectivité.

Le théâtre nous apparaît comme moyen privilégié d'aborder cette problématique: le théâtre tant comme "stimulus" à la réflexion et aux débats (voir une pièce et en débattre) que comme création collective (créer son propre spectacle).

Nous proposons que le thème porteur de l'action européenne, sorte de dénominateur commun de l'action internationale, soit ANTIGONE, mais une ANTIGONE contemporaine.

    1. Une co-production et une diffusion européennes de spectacles sur le thème "Antigone contemporaine" réalisées par des compagnies théâtrales
    2. La circulation européenne de créations collectives "l'Autre Antigone" réalisées par les jeunes
    3. Des formations européennes des artistes comédiens et des enseignants
      • Un séminaire sur "Diversité des cultures en Europe: la fonction éducative du théâtre" aux comédiens et artistes "engagés" et les autres, des fonctionnaires de la culture, des chercheurs. Ce séminaire se focalise sur le thème "Théâtre" (rôle du théâtre dans la société)
      • Un séminaire sur "Diversité des cultures en Europe: le théâtre dans l'éducation: quelle nouvelle technologie?" destiné aux enseignants, aux éducateurs, aux fonctionnaires de l'éducation, aux fonctionnaires culturels, aux responsables de milieux associatifs utilisant l'outil théâtre pour divulguer leurs messages, des artistes impliqués dans des projets théâtraux "pédagogiques". Ce séminaire est plutôt axé sur le thème "pédagogie" (le théâtre comme outil pédagogique).
      • Un colloque européen sur "Diversité des cultures: quelles valeurs culturelles mises en lumière au théâtre par ce projet européen?" qui synthétise les apports de l'ensemble du processus.
    4. Une analyse de l'action européenne en termes de transférabilité de bonnes pratiques et de continuité de l'opération en réseau international.

11) Langues et communication interculturelle

"Cultures entre elles: dynamique ou dynamite?". Depuis sa création il y a une douzaine d'années le Réseau Cultures s'est préoccupée de la question de savoir comment la culture fonctionne comme dation de sens et source d'épanouissement des peuples et comment,d'autre part, elle peut être source de malentendus entre peuples.

La langue: des pièges ignorés. Un créneau intéressant, quoique exigeant, est celui de la langue. Car c'est la capacité de créer une langue qui permet à l'être humain d'exprimer sa perception et ses expériences du monde qui nous entoure par le biais de signes et de sons auxquels le groupe auquel il appartient a attaché, de commun accord, une signification.

Mais l'apprentissage d'une autre langue ne résout pas tous les problèmes. Le chemin est parsemé de pièges. Car les mots ne sont pas que de simples outils travaillant passivement à la communication. Ils "agissent" aussi. Ils clarifient, dissimulent, séduisent, attachent, détachent. Ils nous réunissent par notre compréhension du sens d'un mot, ou, au contraire, nous séparent à cause de ce qu'ils ne disent pas. Les mots racontent des histoires différentes à chacun.

L'exemple de l'histoire de l'application de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme a bien démontré que - mis à part des refus politiques - un texte conçu dans une ou deux des langues de communication internationale, n'éveille pas les mêmes résonances. Est-ce parce que de tels textes, qui sont censés se trouver sur un socle solide de valeurs communes à l'humanité, ne prennent pas assez en compte la variété des interprétations culturelles de ces valeurs? Les personnes qui représentent leurs peuples à haut niveau international et qui sont chargées d'élaborer de tels textes ne sont-elles pas conscientes qu'en travaillant dans une langue donnée (i.c. l'anglais ou le français), elles entrent imperceptiblement dans la culture qui l'a engendrée?. Oublient-elles (pour la durée des négociations) que des notions, concepts et principes 'évidents' dans la langue de travail, résonnent différemment et parfois pas du tout dans la langue de chez eux? D'où le problème de l'application des valeurs convenues comme 'universelles'; d'où des malentendus interculturels, d'où la possibilité des manipulations politiques 'au nom de' la culture et de la religion.

Une expérience révélatrice. Une occasion excellente pour creuser ces questions s'est présentée quand nous avons appris que le texte fondateur (appelé la Plate-forme) de l'Alliance pour une Monde Responsable et Solidaire (dont le Réseau fait partie) avait été traduit dans une vingtaine de langues majoritairement non-occidentales. Ce mouvement international a été initié par la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme (ci-après la FPH) qui s'est toujours montrée particulièrement préoccupée par le souci de "concilier l'interdépendance qui nous unit et la diversité qui nous enrichit".

Nous avons conduit en collaboration avec la FPH un programme intitulé "Ce que les mots ne disent pas: l'art de l'écoute interculturelle", dont le résultat sera publié en français et en anglais en 2000 par les éditions FPH dans la série Dossier pour un Débat. Il rend compte d'une démarche interculturelle de mise en commun des difficultés apparues lors du travail de traduction de la Plate-forme de l'Alliance dans une vingtaine de langues en majorité non-occidentales. Cette expérience a révélé des différences sous-jacentes et souvent fondamentales sur le plan de la perception du 'monde', de 'nous' et de 'l'avenir', ainsi que d'un tas de notions et de valeurs telles que 'responsabilité', 'solidarité', 'citoyenneté', 'planifier', 'contre-pouvoir', 'destin', 'équilibre', pour ne pas parler de 'démocratie' et de 'justice'.

Le constat incontournable qu'en effet les perceptions de ces notions peuvent être bien spécifiques, a soulevé la question - essentielle pour tout mouvement international -: "et finalement, qu'est-ce qui fait bouger les gens?".

La recommandation principale issue de cette démarche était qu'il faudrait essayer d'inverser la procédure. Plutôt que de traduire un texte 'tout fait' conçu dans une des langues dominantes sur le plan international, il serait plus réaliste de commencer par concevoir une série de textes 'contextualisés' par rapport à la problématique en question et rédigés dans des langues locales. Ensuite, ces textes pourraient être traduits vers le français et l'anglais en vue d'un dialogue sur leurs contenus et la composition d'un document collectif. L'idée de base de cette recommandation est qu'il faut passer par l'explicitation du spécifique pour trouver ce qu'on a en commun.

Un nouveau défi: créer une Charte de la Terre qui rassemble le spécifique et le commun.

Ce message a été pris au sérieux par la FPH et l'Alliance. C'est ainsi que le Réseau Cultures a été invité à conduire une nouvelle démarche interculturelle à partir de la spécificité de contextes linguistiques. Cela vise à contribuer à l'élaboration d'une Charte de la Terre qui a du sens pour celles et ceux qui expriment leurs préoccupations de multiples façons différentes.

12) Identité, démocratie et développement local

Les critiques du "Welfare State" et des socialismes estiment que l'évolution de certaines sociétés a pu être entravée par le rôle excessif accordé à l'Etat ou (dans certains pays) au parti unique. Aujourd'hui, c'est clairement l'idéologie néo-libérale du "tout-au-marché" qui menace les sociétés sur la planète entière. L'exclusion sociale, l'exploitation économique des plus faibles et d'aliénation font rage. Face au "Prince" et au "Marchand" doit se dresser le "Citoyen": une société civile dynamique qui contrôle l'Etat, certes, mais qui sache aussi contrôler le marché et infléchir la logique marchande dans un sens plus humain, plus juste, plus solidaire et moins étroitement économiste et compétitif.

Une citoyenneté responsable et solidaire, issue notamment de mouvements associatifs forts, est indispensable à l'approfondissement de la démocratie. Celle-ci gagnerait à être renforcée à tous les échelons: régions, communes, Etats, Institutions européennes, gouvernance mondiale.

Globaliser une civilisation, ou civiliser la globalisation?

La globalisation entraîne deux phénomènes qui ne sont contradictoires qu'en apparence: l'unification des marchés, des comportements (consommation, communication) et des cultures d'une part sous l'impact du modèle pan-économique; la résurgence des spécificités locales et l'irruption des revendications identitaires de l'autre.

Il est utile d'observer les tendances nouvelles qui se font jour dans les pratiques locales plus ou moins alternatives. Il existe quelques signes encourageants qui indiquent qu'un changement de mentalité et d'attitude concrète est en cours. Les crises actuelles seraient en ce cas comme les douleurs d'un accouchement. Dans le monde entier, la recherche de sens et d'alternatives aux dictats de la "mégamachine" tente de poser des limites au bruit et à la fureur d'un monde trop pressé, trop superficiel, souvent violent et généralement injuste à force d'être contraint à la sacro-sainte compétitivité.

Les femmes revendiquent des approches moins agressives du pouvoir, de l'économie et de la nature. Femmes et hommes, désireux d'un changement culturel qu'ils ont commencé à expérimenter dans leur vie personnelle, visent à substituer au paradigme dominateur de l'explorateur-chasseur celui de la gestion sage et équilibrée d'un habitat fragile et dont on sait maintenant qu'il n'est pas infini.

Thème suivant

Retour vers Thèmes & Actions

   
retour © 2000, South-North Network Cultures and Development