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Historique de l'Alliance pour un Monde Responsable, Pluriel et Solidaire

En 1988, un groupe de neuf personnes conscientes des risques technologiques majeurs qui pèsent à long terme sur l'Humanité, dérivés notamment du nucléaire, des biotechnologies et de la réduction de la couche d'ozone, lançaient "l'Appel de Vézelay", avec le support de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme. L'appel proposait de parvenir à un consensus mondial qui garantirait le maintien des équilibres et la conservation de la vie sur Terre. A cette fin, il appelait à la mise en route d'un vaste processus mondial pour se mettre en quête de références, valeurs et régulations qui nous permettraient de faire face aux nouveaux enjeux. En s'ouvrant à d'autres espaces, thèmes et cultures, ce processus a abouti en 1994 à la rédaction de la "Plate-forme pour un monde responsable et solidaire et au lancement de l'Alliance.

L'Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire est une dynamique collective mondiale inspirée par un idéal humaniste qui compte aujourd'hui plus de 2500 personnes et organisations partenaires dans 120 pays. Elle s'est mise au défi de favoriser l'unité dans la diversité afin de construire un futur durable et désirable pour l'Humanité. Pour mettre en œuvre cette ambition, l'Alliance est structurée selon trois voies : des groupes locaux rassemblant des allié(e)s d'une même ville, région ou pays sur la base de leurs réalités et de leurs enjeux spécifiques ; des collèges socio-professionnels destinés à ouvrir la discussion à l'intérieur d'une même profession ou groupe d'appartenance (jeunes, fermiers, scientifiques, etc.) ; enfin des chantiers thématiques visant à développer des réseaux internationaux sur des questions essentielles pour l'avenir (gestion de l'eau, écologie industrielle, socio-économie solidaire, dialogue interculturel, etc.).

Pour plus d'informations, contacter :
Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme,
38 rue Saint Sabin, 75011 Paris, France
Tél : (33.1) 43.14.75.75 - Fax : (33.1) 43.14.75.99
E-mail : alliance@alliance21.org - Site internet : www.alliance21.org

 


 


ASSEMBLEE MONDIALE DE CITOYENS LILLE, 2-10 DECEMBRE 2001
Enjeux, déroulement, résultats
Pierre Calame

Résumé :
A Lille, en France, du 2 au 10 décembre 2001 s'est tenue la première Assemblée mondiale de Citoyens. Réunissant quatre cents participants représentant de façon équitable les différentes régions du monde et les différents milieux socioprofessionnels, elle a préfiguré un Parlement de la planète. Ce n'est pas un événement isolé mais le point d'aboutissement de multiples chantiers de travail internationaux, par thème, par région ou par milieu socioprofessionnel organisés dans le cadre de l'Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire. Ces chantiers ont abouti à la rédaction de soixante cahiers de propositions présentés pour la première fois à Lille. L'Assemblée mondiale a identifié les priorités communes de changement à partir des préoccupations des différents milieux socioprofessionnels et des différentes régions du monde et esquissé le sommaire d'une stratégie de changement pour le 21ème siècle. Elle a également discuté et amendé la Charte des responsabilités humaines, complément indispensable à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et à la Charte des Nations Unies. Elle a permis, en s'appuyant notamment sur élaborés dans le cadre de l'Alliance, d'esquisser le sommaire. Elle a démontré le désir de dialogue existant au sein d'une société mondiale en formation et elle appelle des prolongements dans différentes régions du monde et dans différents milieux.

1) Préparer de façon démocratique les mutations inéluctables

De la maîtrise des développements scientifiques à l'organisation des relations commerciales et financières, du terrorisme au changement climatique, de la pauvreté au Sida : des gens de plus en plus nombreux, probablement la majorité de la population mondiale, ont pris conscience que les interdépendances entre les sociétés et avec la biosphère ne pourront être gérées par l'expansion sans fin des marchés et que les modèles actuels de développement sont dans une impasse.

Le 21ème siècle sera un siècle de grandes mutations de nos systèmes de pensée et de nos régulations économiques, politiques et sociales.

Le monde n'est pas une marchandise. Une autre mondialisation que celle des marchés est nécessaire et possible. Des mutations sont urgentes mais la question reste entière de savoir comment construire de manière démocratique des alternatives. C'est à ce défi que s'est attachée l'Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire, dynamique internationale de citoyens de différents pays.

2) Refléter toute la diversité de la société mondiale

L'enjeu majeur est de permettre à la société mondiale de s'exprimer dans sa triple diversité : diversité des régions du monde, diversité des milieux sociaux et professionnels et diversité des défis. C'est autour de chacune de ses diversités que s'est organisé le travail de l'Alliance pour construire des réseaux d'échange et de réflexion et pour élaborer des perspectives d'avenir.
Les années 2000 et 2001 ont été pour l'Alliance une période d'intense activité, d'élargissement des réseaux, de mise en forme des propositions. Le point d'orgue en fut l'Assemblée Mondiale de Citoyens qui s'est tenue à Lille du 2 au 10 décembre 2001.

3) Préfigurer un parlement de la planète

Cette Assemblée mondiale, par ses participants et ses méthodes, a préfiguré un Parlement de la Planète où seraient représentés tous ceux qui, dans les différents milieux socioprofessionnels et dans les différentes régions du monde, se préoccupent de la construction pacifique de l'avenir. Elle a rassemblé 400 participants qui reflétaient à eux tous la diversité de la société mondiale. Ainsi, l'Asie, en particulier la Chine et l'Inde, ont représenté de loin les plus grands contingents de participants, et toutes les régions du monde ont été représentées de façon équitable. Ainsi, vingt cinq milieux socioprofessionnels différents, pêcheurs et paysans, syndicalistes et chefs d'entreprises, scientifiques et universitaires, femmes et jeunes, élus locaux et fonctionnaires internationaux, militaires et juristes se trouvaient représentés.

L'Assemblée Mondiale a montré qu'il était possible techniquement et humainement de trouver dans chaque région du monde et dans chaque milieu des personnalités représentatives de leur société, désireuses de dialogue et conscientes de leurs propres responsabilités. Chaque participant est venu porteur d'une réflexion, d'une expérience et de perspectives.

4) Construire l'ordre du jour de l'Assemblée à partir des préoccupations des participants

L'Assemblée Mondiale n'était pas une conférence internationale classique avec des thèmes fixés au départ et des orateurs. Au contraire, il fallait que le dialogue entre les participants fasse émerger librement, au confluent des préoccupations de chacun, les priorités mondiales de changement. C'est pourquoi, chaque participant s'est engagé à participer de façon continue aux huit jours de l'Assemblée qui s'est déroulée en trois étapes : la première par milieu social ou professionnel, la seconde par thème et la troisième par région

5) Révéler les préoccupations des différents milieux et découvrir les priorités communes

Dans la première étape, les participants se sont réunis en 20 ateliers " collégiaux " regroupant des personnes des différents continents appartenant à un même milieu social et professionnel. Il s'agissait dans cette première étape de dire quelles étaient, vues par chaque milieu, les priorités de changement pour les prochaines décennies. La confrontation des conclusions de ces ateliers a apporté trois leçons essentielles.

Première leçon, le dialogue est possible et fécond entre des personnes qui appartiennent au même milieu mais vivent dans des contextes totalement différents les uns des autres. Ils parviennent à énoncer ensemble des priorités communes.

Deuxième leçon, quand on compare les priorités des différents milieux on constate beaucoup de points communs : au-delà des oppositions traditionnelles il y a bien une société mondiale qui se cherche et qui a des préoccupations assez comparables vis-à-vis de l'avenir. Dix-sept défis communs ont pu être ainsi identifiés.

Troisième leçon. Les défis et les mutations les plus souvent cités concernent d'un côté l'éthique et les systèmes de pensée et de l'autre la gouvernance et les systèmes de régulation. L'humanité a évolué rapidement au cours des cinquante dernières années, sous l'influence de transformations scientifiques, techniques et économiques extrêmement rapides. Les modes de pensée et les régulations n'ont pas suivi au même rythme. L'urgence commune est de combler le retard.

6) Elaborer ensemble une Charte des responsabilités humaines

Chaque milieu socioprofessionnel a également débattu de la nécessité et de la nature d'un troisième pilier éthique pour la communauté internationale, à côté de la Charte des Nations Unies et de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, toutes deux élaborées au lendemain de la guerre mondiale, qui sont actuellement les seules références éthiques et politiques admises par la majorité des nations de la terre. Les travaux de l'Assemblée ont montré une remarquable convergence de vues sur la nécessité d'un troisième pilier qui mettrait, cette fois, l'accent sur les Responsabilités humaines et qui servirait, au cours du 21ème siècle, de référence à l'élaboration d'un droit international et de guide de conduite pour chaque milieu social et professionnel et pour chaque peuple.

Le dialogue au sein de chaque milieu puis entre les milieux a débouché sur un projet de Charte, présenté à Lille lors de la cérémonie de clôture. Face à l'impact de plus en plus massif de l'humanité sur le reste de la biosphère et face à l'interdépendance irréversible entre les sociétés humaines, la question de la responsabilité, aussi bien individuelle que collective, se pose aujourd'hui de manière nouvelle. Il y a responsabilité parce qu'il y a choix et parce qu'il y a nécessité de traiter simultanément des questions trop souvent séparées : le développement immatériel et le développement matériel, la paix et la justice, le développement des connaissances individuelles et l'esprit de coopération, la revendication de sa propre dignité et le respect de la dignité de l'autre, le développement économique et le respect des équilibres écologiques.

7) Esquisser une stratégie pour les défis communs

Dans la seconde étape de l'Assemblée, les participants ont travaillé en atelier sur les dix-sept défis communs identifiés à l'issue de l'étape précédente. Pour chacun d'eux, un atelier de vingt personnes, regroupant cette fois des personnes de différents milieux, a élaboré le sommaire d'une stratégie.

Cette réflexion a été nourrie de la réflexion internationale conduite par l'Alliance depuis 1994, qui a abouti à la rédaction de soixante cahiers de propositions couvrant les différents secteurs de l'activité humaine. La convergence entre ces cahiers de propositions et les éléments de stratégie identifiés au cours de l'Assemblée Mondiale de Citoyens est remarquable. Les propositions issues des travaux de l'Alliance et celles qui se sont dégagées de l'Assemblée peuvent être regroupées en sept chapitres qui constituent le sommaire d'une stratégie de changement pour le 21ème siècle :

· Chap. 1 Promouvoir une éthique de la responsabilité, de la paix, de la tolérance et du pluralisme ; traduire cette éthique en actes dans chaque milieu
· Chap. 2 Changer notre regard sur la planète et promouvoir une éducation pour tous préparant les personnes et les sociétés à relever les défis du 21ème siècle; développer au service de l'ensemble de la société des outils de compréhension du monde dans toute sa richesse et sa complexité
· Chap. 3 Concevoir une nouvelle approche de l'économie au service de l'ensemble de la société et de la préservation de la biosphère
· Chap. 4 Mettre en place à tous les niveaux, du local au global, une gouvernance légitime, démocratique et efficace
· Chap. 5 Appuyer la structuration internationale de différents milieux socioprofessionnels et acteurs sociaux conscients de leurs responsabilités ; construire sur un clair partage des rôles les partenariats entre acteurs et avec les pouvoirs publics
· Chap. 6 Rééquilibrer les mécanismes de la gouvernance au profit des groupes sociaux ou des pays les plus faibles pour leur permettre de participer au monde, de bénéficier de droits réels et d'être en mesure de les faire valoir et d'être des citoyens à part entière
· Chap. 7 Face aux nouveaux défis de l'humanité, notamment ceux qui concernent la protection et la gestion de la biosphère, créer de nouvelles régulations publiques et s'opposer à une domination des rapports marchands.

Pour chaque chapitre, plusieurs centaines de propositions concrètes ont été présentées et débattues, soit dans les cahiers de propositions, soit au cours de l'Assemblée.

8) Amorcer une réflexion sur la mise en œuvre de ces stratégies dans chaque région du monde

La troisième étape de l'Assemblée a été conduite également en ateliers mais cette fois par région du monde. Là aussi, nous avons pu vérifier le désir et la possibilité d'un authentique dialogue et constater au fil des heures la naissance de réseaux et de perspectives de travail et d'actions communes, depuis la construction d'un réseau international d'écoles de la paix jusqu'à un nouveau dialogue entre sociétés africaines ou entre peuples de langue persane divisés par l'histoire et les frontières. Ces contacts innombrables seront un des points de départ des suites de l'Assemblée.

9) Consolider les liens entre approche locale et approche globale ; enraciner la démarche dans la société du Nord Pas de Calais

Il n'y a pas d'un côté une réalité mondiale et de l'autre une réalité locale. Au contraire, chaque situation locale est profondément transformée par ce qui se passe à l'échelle du monde entier et, en sens inverse, le mondial n'est rien d'autre que la combinaison d'évènements enracinés chacun dans un territoire et une culture. C'est pourquoi l'Assemblée de Citoyens du Monde a été préparée par une mobilisation de la société régionale du Nord Pas de Calais.

Treize collèges régionaux, des chômeurs aux chefs d'entreprises, des habitants des quartiers populaires aux paysans, du groupe interreligieux aux universitaires se sont constitués pour élaborer en vue de l'Assemblée Mondiale leurs propres réflexions et perspectives. Un représentant de chacun de ces milieux a participé à l'Assemblée, y a apporté la vision de la société régionale et l'a confrontée à celle qui émane des autres régions du monde. Le dialogue, d'abord entre les différents milieux de la société régionale puis entre la Région et le reste du monde, s'est avéré à la fois possible et fécond. Chaque milieu, à l'issue de cette confrontation est en train d'élaborer son propre cahier de propositions. L'ensemble sera réuni prochainement dans une publication.

A l'issue de l'Assemblée, cette réflexion va être nourrie de la stratégie esquissée au niveau mondial pour construire une vision d'avenir. L'appui du Conseil Régional du Nord Pas de Calais à la tenue de l'Assemblée a montré le lien entre la promotion d'une citoyenneté active à l'échelle locale et la mondialisation de la citoyenneté. Ce lien est appelé à se renforcer dans l'avenir.

10) Inventer ensemble les suites de l'Assemblée

L'Assemblée s'était donné des objectifs extrêmement ambitieux : refléter la diversité mondiale, inventer les méthodes nécessaires pour construire le dialogue et la réflexion collective, élaborer le sommaire d'une stratégie de changement pour le 21ème siècle, proposer un projet de Charte des Responsabilités Humaines. Ces différents objectifs ont été atteints.

Ils appellent des suites : la mise en débat de la Charte des responsabilités humaines et sa traduction en code de conduite pour différents milieux ; l'organisation d'Assemblées nationales et régionales de Citoyens ; la traduction des éléments de stratégie en plan d'action à long terme ; le renforcement des réseaux locaux et mondiaux.




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