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Reconnexion
Raphaël Souchier

Nous devons nos règles de comportement au monde naturel.
Nous devons respecter, avec l'humilité des sages,
Les limites de la nature et les mystères qu'elles cachent,
En reconnaissant qu'il y a quelque chose dans l'ordre du vivant
Qui dépasse très évidemment toute notre compétence.
Vaclav Havel


Management amérindien

L'idée de ce dossier spécial de Cultures & Développement germa lors de la conférence " Restore the Earth " organisée début avril 2002 par la fondation Findhorn, au nord de l'Ecosse. Des centaines des personnes venues du monde entier étaient là. Nous écoutions Winona la Duke parler de la façon dont son peuple, les Anishinaabeg, apprend des ours, des aigles et des oies les règles fondamentales de la vie en société Depuis des siècles, génération après génération, ce peuple Ojibwe pratique un benchmarking sophistiqué, observant et s'inspirant des autres familles plus performantes du monde vivant.
Si notre société occidentale génère tant de catastrophes depuis quelques décennies, ne serait-ce pas qu'elle a oublié cette règle élémentaire du management, enseignée pourtant dans les meilleures écoles de gestion : ne pas croire que l'on est seul au monde, ni obligatoirement le meilleur, comparer en permanence ses méthodes et résultats à ce que font ceux qui réussissent le mieux, s'assurer de la validité et de la durabilité de ses choix ou les adapter, sans oublier qu'il vaut mieux ne pas financer ses dépenses courantes en épuisant son capital...

Développement durable : le cycle de vie d'un concept

Suivant l'exemple de pionniers d'outre-atlantique, des entreprises européennes se mettent au vert. Les notions de mission, d'intérêt général, de responsabilité sociale et écologique deviennent crédibles pour certains managers et acceptables pour un nombre croissant d'actionnaires.
Alors que les ONG commencent à s'en méfier comme d'un concept fourre-tout largement récupéré depuis Rio par les corporations multinationales et les agences internationales de financement, le Développement Durable fait son entrée dans la stratégie d'entreprises qui veulent mieux répondre aux préoccupations de leurs consommateurs, de plus en plus concernés car sensibilisés par les campagnes des associations, le temps qui se détraque, les maladies décidément trop créatives et la nourriture trafiquée qui s'affole.
Faut-il s'émouvoir ou se féliciter de la fortune nouvelle de ce concept? Nous vivons dans un monde dont le moteur unique semble être devenu la consommation. Que les agents économiques se mêlent de donner un sens plus large à leur action en préservant les ressources communes, en cours d'épuisement, et de réduire l'effet de serre est donc plus que bienvenu, c'est vital. En effet, l'entreprise est probablement devenue l'une des principales forces de transformation de la société et de la planète, pour le meilleur et pour le pire.
Les nécessités du long terme commencent donc à s'insinuer parmi les contraintes du court terme économique; il faudra du temps - et/ou de prévisibles catastrophes - pour qu'elles s'imposent enfin à tous comme prioritaires.
La conscience des seuls militants des ONG et d'une partie de la population n'y suffira pas. Il faudra bien que les dirigeants économiques et politiques comprennent qu'une gestion raisonnable et juste de la planète est aussi dans leur intérêt.
Pour contribuer à cette prise de conscience, de nouveaux concepts se font jour, telle " l'empreinte écologique ", qui devrait donner à réfléchir. Question : Combien nous faut-il trouver de nouvelles planètes Terre pour permettre à tous les humains de vivre comme des Européens ? Réponse : 2 et demi ! Et comme des Américains du Nord ? 5 ! No comment.
J'ai demandé à Jean, un ami astronome, combien de planètes ressemblant plus ou moins à la nôtre il est possible de trouver pas trop loin d'ici. Il m'a répondu: aucune à ma connaissance. Jean est très bien renseigné.
Il est probablement temps de revoir les ambitions du " développement ", car celui dont nous parlons n'a visiblement guère de chance d'être " durable ". Le Club de Rome était-il donc si irréaliste quand il parlait, il y a quelques décennies, de " croissance zéro ", puisqu'on en vient maintenant à évoquer la nécessité d'une " décroissance " progressive, voire radicale ?
Les concepts nous aident à penser l'avenir. Ils sont nécessaires, mais ne peuvent remplacer l'action.

Six milliards de partenaires

Si ce sont, pour une bonne part, les productions industrielles et agricoles qui contribuent à détruire les conditions mêmes de la survie des sociétés humaines (la Terre, elle, nous survivra, merci pour elle, que seraient les entreprises polluantes sans les centaines de millions de conducteurs automobiles et de passagers des avions, de mangeurs et de buveurs, de consommateurs de vêtements à la mode et de matériel électronique, etc.?
C'est vrai, quelques entreprises de pêche épuisent 70% de la " ressource ", un petit groupe d'entreprises contrôlent 70% des terres produisant les cultures d'exportation et 90% de la commercialisation des pesticides, etc. Il est facile pour de petits groupes de puissants de s'entendre pour faire prévaloir leurs intérêts au sein des instances internationales, singulièrement de l'OMC, afin de renforcer une " corporate globalization " dont la priorité absolue est l'ouverture de tous les marchés et la merchandisation de tout (santé, culture, éducation, eau, terre … jusqu'à la vie elle-même). De cela, l'intérêt général a plus à craindre qu'à espérer.
Mais chacun de nous reste pourtant l'utilisateur final, l'acheteur des produits de cette machine qui s'emballe. Il tient donc largement à nous - à notre conscience et à notre action - qu'elle devienne infernale ou soit peut-être enfin domestiquée. Nous sommes nombreux - plusieurs milliards-, peu coordonnés il est vrai, mais ne manquant pas de créativité. Et nous ne sommes encore qu'une minorité … de vrais gaspilleurs.
Que se passerait-il si les universités, les Etats, les collectivités locales et les citoyens de nos pays décidaient de passer sérieusement aux énergies renouvelables, de vivre sans gaspillage et en harmonie avec leur communauté et leur environnement? L'âge solaire est à notre porte. Les limites ne sont pas techniques, mais bien politiques et psychologiques. Les freins viennent d'une habile conjugaison de l'avidité des plus nantis et de l'inconscience et de presque tous.
Heureusement, l'homme est un animal qui apprend vite. Et les catastrophes naturelles sont un maître exigeant. Il a fallu une journée de tempête historique et la disparition soudaine d'une grande partie de sa forêt, en décembre 1999, pour que la France comprenne le danger de la monoculture industrielle et revienne à une politique de gestion traditionnelle des essences. A une autre échelle, la Chine découvre depuis peu les conséquences à retardement du productivisme à outrance du Grand Bond en Avant des années 1950-60. Cette politique avait alors engendré une famine où périrent 20 à 30 millions de personnes, et l'écologie n'était pas une priorité. Aujourd'hui, les inondations ne cessent de croître, menaçant la vie de millions de personnes, et l'écologie commence à entrer dans les mœurs. L'ONU vient par ailleurs d'annoncer qu'un " nuage brun " de pollution épais de trois km et grand comme huit fois l'Inde couvre une grande partie de l'Asie. L'Europe centrale a connu en août 2002 les pires inondations de mémoire d'homme. De pires nouvelles sont malheureusement à venir. La marmite bout ; réussirons-nous à baisser le feu avant qu'elle ne déborde ?

La loi qui lie tout ensemble

Pour agir, il faut une vision, à la fois réaliste et mobilisatrice; il faut des cadres de référence, des buts, des indicateurs communs pour comprendre, rêver …et agir. C'est, parmi d'autres initiatives convergentes, l'intérêt du mouvement international " Restore the Earth " , lancé en avril 2002 par Alan Watson et les amis écossais de Trees for Life, qui invitent les Nations Unies et les peuples de la Terre à déclarer avec eux le XXI° siècle " Siècle de la restauration de la Terre ".

Merci Alan de nous avoir rappelé une clé, si simple et pourtant magique: en prenant soin de la Terre, à travers mille actions enracinées, nous pouvons entreprendre le travail qui porte en lui l'une des réponses dont la planète et ses habitants ont besoin pour s'extraire de l'impasse de la surconsommation : la reconnexion.
En me reconnectant à la Terre, je peux réapprendre à me reconnecter à moi-même, à ma santé, à mes vrais besoins, aux humains qui m'entourent et aux autres passagers de la planète bleue. Je peux réapprendre à vivre dans le respect et la réciprocité.
Si nous sommes nombreux à faire cette re-découverte, alors " la loi qui lie tout ensemble ". permettra peut-être à nos enfants de bénéficier, à leur tour, des trésors de sagesse que nous ont légués les peuples les plus avisés.
Bonne lecture, bonne vie.

Et merci tout particulièrement à Roger Doudna et aux auteurs dont les textes composent ce dossier.

haut de page © 2000, South-North Network Cultures and Development